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Perturbateurs endocriniens & fertilité : vers une stérilisation massive ?

Le Guide de l’Infertilité vous alerte régulièrement sur l’impact de la pollution sur la fertilité. Le dernier bulletin épidémiologique de l’Agence Nationale de Santé Publique paru le 3 juillet dernier donne des conclusions inquiétantes voire alarmantes sur le lien entre perturbateurs endocriniens et apparition de troubles graves sur les organes reproducteurs.

L’impact des perturbateurs endocriniens sur la fertilité passé au crible

Les conclusions de l’étude française [1] de Santé publique viennent d’être dévoilées début juillet et sont très alarmantes : les perturbateurs endocriniens jouent bien un rôle négatif sur la fertilité.

Les chercheurs ont focalisé leurs recherches sur le lien existant entre l’exposition aux perturbateurs endocriniens (P.E) et les troubles de la santé reproductive, notamment sur le syndrome de dysgénésie testiculaire, le cancer de la prostate et la puberté précoce. Voici leurs rapports.

P.E et syndrome de dysgénésie testiculaire

Le syndrome de dysgénésie testiculaire se manifeste par un trouble du développement des testicules qui peut potentiellement entraîner des malformations congénitales, un risque plus élevé de développer un cancer de la prostate et une mauvaise qualité du sperme une fois atteint l’âge adulte.

L’étude a démontré que l’exposition précoce aux perturbateurs endocriniens de manière intra-utérine et périnatale pourrait favoriser l’apparition de ce syndrome grâce à l’observation de la qualité du sperme sur 26000 hommes Français, partenaires de femmes totalement stériles, ayant déjà réalisé une première tentative d’aide médicale à la procréation (AMP).

Qualité du sperme et infertilité

Quand le liquide séminal s’appauvrit inexorablement...

Ce n’est désormais plus un secret : la qualité du sperme tend à diminuer d’année en année depuis les années 70. Entre 1989 et 2005, une baisse significative et continue de 32% de la concentration spermatique a été observée.

Perturbateurs endocriniens et fertilité : plusieurs causes expliquent la baisse de qualité du sperme

Mauvaise alimentation, modifications du climat, exposition aux ondes électromagnétiques et perturbation endocrinienne, le système reproducteur est mis à mal et la qualité des spermatozoïdes est altérée. L’étude menée par l’Agence Nationale de Santé Publique n’a pas permis de démontrer un effet quantifiable des perturbateurs endocriniens sur la qualité du sperme. D’autres études plus poussées et plus précises devront être menées dans les prochaines années pour valider cette hypothèse fortement suspectée par les scientifiques.

Cancer du testicule

Le cancer du testicule tend à augmenter dans le Nord de l’Europe depuis maintenant plusieurs dizaines d’années, sans qu’aucune cause n’ait été réellement identifiée.

Les jeunes adultes de plus en plus touchés

Désormais, le cancer du testicule touche de plus en plus souvent les adultes entre 20 et 40 ans, dont le diagnostic est généralement posé cliniquement et traité par la chirurgie en première intention. On relève ainsi une augmentation de 1,5% par an de 1998 à 2014. L’exposition aux perturbateurs endocriniens n’a ici pas encore démontré de lien tangible qui expliquerait cette hausse en constante progression, bien que les P.E soient là aussi très fortement suspectés par les scientifiques.

Puberté précoce

Autre conséquence possible des perturbateurs endocriniens sur la santé : la puberté précoce. Son incidence a été retenue par un groupe de scientifiques internationaux comme étant un élément à surveiller ces prochaines années.

La puberté précoce se manifeste par des signes de puberté avant l’âge de 8 ans chez les petites filles et 9 ans chez les petits garçons. Les filles seraient 10 fois plus touchées que les garçons par la puberté précoce.

L’étude [2] a permis de démontrer que les perturbateurs endocriniens sont très fortement suspectés dans l’apparition des troubles de puberté précoce. Des analyses plus poussées devront être menées dans les prochaines années pour confirmer le lien.

Des disparités géographiques marquées

De plus, une disparité géographique a été observée lors de l’étude : les régions Midi Pyrénées et Rhône Alpes semblent être plus touchées que les autres régions, ce qui suggère également une incidence environnementale.

Infertilité et préconception : comment limiter l’exposition aux P.E ?

Perturbateurs endocriniens et fertilité : un lien très fortement suspecté

Suite aux conclusions de l’étude, les perturbateurs endocriniens sont très fortement suspectés d’altérer la fertilité et d’être à l’origine de graves troubles du système reproducteur, notamment chez les enfants et les jeunes adultes. La nécessité de se protéger des perturbateurs endocriniens en période de préconception, comme pendant la grossesse et les premiers mois de la vie apparaît alors comme essentielle pour limiter l’apparition de ces troubles.

Nos conseils pour concevoir dans les meilleures conditions possibles

Pour limiter l’exposition aux perturbateurs endocriniens, un rappel des principaux conseils à suivre, surtout lorsqu’on souhaite concevoir :

  • Privilégier une alimentation biologique, surtout pour les fruits et légumes
  • Limiter la consommation de poissons de rivière et de mer
  • Ne pas consommer d’aliments réchauffés aux micro-ondes dans des contenants en plastique
  • Utiliser des produits d’entretien naturels, éviter les bougies et autres parfums d’intérieur chimique
  • S’éloigner des ondes électromagnétiques, éviter le port constant du téléphone dans la poche
  • Utiliser des cosmétiques certifiés biologiques ou 100% naturels, et des colorations dites naturelles
  • Aérer régulièrement l’habitation.

Le mot de la gynéco

« Les perturbateurs endocriniens agissent principalement sur l’axe reproductif ou gonadotrope, en se comportant soit comme des œstrogènes, soit comme des anti-androgènes. Outre les cancers hormodependants, les PE induisent des infertilités aussi bien masculine que féminine .

  • Chez l’homme, on assiste à une féminisation des organes génitaux avec micro pénis, hypospadias et oligoasthénotératospermie.
  • Chez la femme il s’agit plutôt d’endométriose, puberté précoce, fausses couches et troubles de l’ovulation.
    Notre rôle de médecin, et tout particulièrement de gynécologue, est d’informer et de donner des recommandations à toutes femmes désirant procréer, afin de diminuer l’exposition aux perturbateurs endocriniens et ainsi de préserver leur fertilité mais aussi la santé du futur bébé à venir. Effectivement, l’exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse va moduler l’expression des gènes de l’embryon, et ainsi générer des pathologies à l’âge adulte, dont l’infertilité... Nous sommes là pour vous informer en matière de sélection des aliments (sans pesticides ou additifs), de choix de produits d’hygiène (cosmétique bio, laver les vêtements neufs) et bien sûr pour vous aider à ne pas fumer des cigarettes (4000 molécules chimiques) ».
N’attendez pas d’être enceinte pour prendre les mesures qui s’imposent ! La péri conception est la période idéale où la femme est particulièrement réceptive pour adopter des attitudes de vie saine pour elle, son conjoint et surtout son bébé . Apprendre à consommer sainement préserve notre capital santé et reproductif . Découvrez vite notre article "13 conseils pour se protéger des perturbateurs endocriniens" !

[1] “Analyse combinée des quatre indicateurs du syndrome de dysgénésie testiculaire en France, dans le contexte de l’exposition aux perturbateurs endocriniens : cryptorchidies, hypospadias, cancer du testicule et qualité du sperme” - Joëlle Le Moal
, Annabel Rigou, Perrine De Crouy-Chanel, Sarah Goria,Matthieu Rolland, Vérène Wagner, Yao Kudjawu, Jacques de Mouzon, Alain Le Tertre

[2] L’incidence de la puberté précoce centrale idiopathique en france révèle une hétérogénéité géographique importante - Annabel Rigou, Joëlle Le Moal, Alain Le Tertre, Perrine De Crouy-Chanel,Juliane Léger, Jean-Claude Carel

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